Les Prédateurs (1983) : Yves Saint Laurent sous spleen

En ouverture du Festival International du Film d’Amiens, s’étant tenu ce vendredi 15 novembre, le choix s’est porté sur le premier long-métrage du regretté Tony Scott, avant qu’il ne crée les images iconiques et américaines pour le cerbère hollywoodien Simpson et Bruckheimer (Top Gun). Les Prédateurs (1983) est certes un choix assez étonnant au vu de l’objet unique qu’il incarne, mais il est à l’image d’un festival assez éclectique dans sa programmation. « Bela Lugosi’s dead » résonne dans une boîte de nuit, Catherine Deneuve et David Bowie sont en costumes Yves Saint Laurent. Plus de faiblesses à l’ail, à la lumière du jour ou aux symboles religieux, le vampire traditionnel est mort. Tony Scott transcende son introduction et son esthétique clipesque en faisant de ses vampires, des êtres assoiffés de vie et cherchant à éviter la mort par l’amour, la chair et la sexualité (« Toujours et pour toujours »). Le film oscille dans le maniérisme formel réjouissant, un casting voguant soit à contre-courant comme Deveune devenant une icône lesbienne au côté de Susan Sarandon, ou un Bowie perdant sa jeunesse rock’n’roll. Les Prédateurs aborde sous son déluge d’images expérimentales, les angoisses de son époque. La maladie surgissant en 1981 a un nom : le Sida (VIH aujourd’hui) et une médecine dépassée par cette dégénérescence du corps. Les vampires sont comme les êtres de chair qu’ils traquent, soumis à la mortalité jusqu’à les ramener dans un montage parallèle aux théories des origines simiesque de l’humanité. Avant de virer vers le cinéma pétaradant et des mécaniques (à revisiter pour ses visuels singuliers), Tony Scott livrait un long-métrage de la contre-culture glam, rock, sexuel restant savoureux et unique en son genre.


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